Voyage aux Philippines Août Septembre 2006.
Pourquoi cet aller retour de 15 jours sur l'île de Leyte ?

Lors d'un précédent voyage aux Philippines j'avais rencontrée Marilyn une amie sans plus, et nous avons échangé des SMS de temps en temps. Avy ne donnant plus de nouvelles depuis une année maintenant et après contact pris avec sa famille, la réponse était claire : je ne retournerai ni sur le voilier ni en France, donc le Capitaine avait entrepris seul les voyages sur le Laos et la Birmanie.
Marilyn vit avec sa famille sur l'île de Leyte, plus précisément à Villa Cornejo, petit village situé sur la cote Nord de l'île Biliran rattachée à Leyte. Elle est Maman d'une petite fille de 5 mois. Je vois arriver certains amis avec de sympathiques gros sabots et commencer à faire des additions: 5 + 9 = 14 mois. Ou étais le Capitaine en juin 2005. Ne lancez pas les logiciels de recherche sur le site. En juin juillet 2005 je naviguais avec le voilier Valhalla et Chenda, sœur d'Avy ainsi que Tchee Ween a bord d'Equinoxe entre Singapour et Tioman. Je ne suis donc pas le Papa, dommage car bébé est très jolie et adorable.
Arrivée à l'aéroport de Tacloban sur l’île de Leyte le 29.08.06 à 16h30. La famille est au rendez-vous, nous prenons immédiatement la direction de la maison car 3 heures de circulation sur une route peu fréquentée mais ressemblant le plus souvent à une piste nous attendent. Un bref arrêt dans le gros village Naval pour ravitailler essence grillades et boissons car je prévois que cela sera certainement nécessaire à l’arrivée. La maison est bien faite, les murs sont crépis extérieur intérieur, ce qui est rare ici sauf pour les gens aisés. Crépis mais gris brut de ciment. La salle d’eau se résume à une petite cuvette WC et un seau d’eau. La famille possède 3 maisons groupées au bord de la plage de galet, une des sœurs vit en Amérique et avantage la sœur aine restée à Leyte, donc cette dernière a pu avec ses revenus personnels et l’aide de l’américanos filipinos construire 3 maisons dont une est attribuée (provisoirement !?) à la famille de Marilyn.
La soirée se passe agréablement avec découverte réciproque des uns et des autres. Les enfants sont les plus surpris de me voir, il y a ici très peu de touriste, je suis vraiment un étranger, mais cela me convient. La famille est accueillante et Marilyn heureuse de me revoir.
Le lendemain les voisins qui, au courant de la venue du "farang" viennent autour de la maison. Peu d'animation dans ce petit village, donc ma présence est le principal sujet des discussions depuis ces derniers jours.
Villa Conejo s’étire le long de la plage de galets sur environ un kilomètre, coincé entre la mer et la route. Trois cents maisons ou cabanes abritent environ 1200 personnes. Bien tristounet le village, les commerces sont rares et même le nécessaire est difficile à trouver. Uniquement deux téléphones existent dans le village, évidemment la sister sponsorisée par USA en possède un, quelques antennes TV satellites accrochées aux façades témoignent d’un peu de modernisme. Les gens souvent se connectent sur le voisin plus fortuné. Apres avoir regardé un programme avec la famille, j’étais surpris de ne pas suivre facilement le fil des images, car la télé est en tagalog sous titrée en anglais ou visayan, je fais part à Marilyn de ma difficulté de compréhension, et tout le monde éclate de rire : ok, lorsque le propriétaire de l’antenne change de chaîne tous les autres changent aussi ! Et par moment il Zappait à fond le bougre…
Je suis vraiment, non pas au bout du monde, mais au bout Est des Philippines.
Le lendemain j’utilise la salle d’eau, ou tout simplement le point d’eau.
Je suis habitué au seau et à la gamelle pour arroser mon crane, passé quelques jours avant à la tondeuse calibre 2, mais je demande à Marilyn de m’accompagner à Naval la ville bourg pour acheter du matériel de plomberie.
Le surlendemain de mon arrivée, donc le 31 août 2006 la salle d’eau est équipée d’un lavabo, d’un robinet pour l’usage du WC et d’une douche, le luxe a fait son apparition chez les « Quidol » maison numéro 2. Et les voisins de dire : « voyez ce que c’est; d’avoir une fille qui connaît un farang ! »
J’ai choisi le samedi qui suivait le 31 Août, allez donc savoir pourquoi, pour inviter toute la famille et amis, environ 60 personnes, à une soirée barbecue géant.
La veille, location d’une camionnette pour transporter viande, légume caisses de bière, vin, coca cola …
Retour de la ville à 12h. Voila une cousine qui arrive à la maison à 12h30 et qui invite la famille et le Capitaine à son repas de fiançailles. Il faut y aller maintenant, les invitations se font à la dernière minute, pour la barbecue party Marilyn a fait de même.
Nous sommes sur le sentier qui grimpe vers la maison de la cousine, Marilyn ne me quitte pas et commence une explication à laquelle je ne comprends rien, elle appelle sa sœur à la rescousse et toutes deux parviennent à me faire entendre qu’il faut que je ne mange que ce qu’elles me donneront et surtout de ne pas boire ce que l’on m’offrira, car souvent dans ces repas, il y a des gens que l’on ne connaît pas et quelquefois ils versent des potions dans les verres. En voila une drôle d’histoire !!! Et la recommandation s’est poursuivi le soir du barbecue que j’ai organisé. Je n’ai pas insisté mais je me suis promis de revenir sur ce sujet intéressant pour connaître le fin mot de cette tradition coutume quelque peu dangereuse.
Beaucoup de monde pour ces fiançailles et la table est bien petite. Huit personnes prennent places, les plus proches parents.
La
prière avant de commencer le repas me rappelle que nous sommes aux Philippines
pays chrétien et très pratiquant. Trois tournées de repas sur la petite table,
mais je remarque que la prière de la première tournée suffit pour les autres.
Dans la pièce les amis proches prennent le repas avec assiettes sur les genoux.
Les plus éloignées sont dans le jardin et les abords de la maison entourée de
bananiers, papayers et manguiers, perchée sur la colline avec une vue magnifique
sur la mer et les îles du Nord de Leyte. Le repas est traditionnel, riz ou pates
fines avec porc, poulet cuisinés selon différentes recettes. Je demande a
Marilyn des piments (s’ils n’ont pas macères dans une potion), j’ai attendu
longtemps les 3 maigres piments car les philippins ne mangent pas épicé.
Je suis ici aussi pour le passeport de Marilyn qui souhaiterait éventuellement repartir avec moi. Nous prenons à 6 heures du matin le bus dans le village pour rejoindre après 1 heure de route piste Naval. Un bus pour Tacloban, capitale de l'île, est sur le départ, nous nous précipitons.
Après 3
heures de route correcte nous sommes a Tacloban, la ville ou
MacArthur a débarqué lors de la guerre avec les japonais.

Donc du village à la Capitale 8 heures de bus sont nécessaire pour effectuer un aller retour, et l'heure du retour est fixée à 15 heures pour ne pas être bloqué. Il ne reste que 4,5 heures environ pour faire toutes les démarches et courses ... Tenant compte de l'éloignement de la station de bus, des interminables files d'attentes sans oublier l'heure du breakfast qui dépassent les 60 minutes! Impossible de perdre un instant. Il y a un bus direct Villa Cornejo Tacloban mais le départ est à 3 heures du matin pour arriver à 7 heures.
C'est enfin au tour de Marilyn pour le passeport. EH Vlan !!! Votre document naissance est périmé, ce type de document n'est valable qu'un mois. Ok nous allons le faire établir à nouveau et nous revenons. Pas possible pour l'obtenir il faut un délai d'un mois. Marilyn ne repartira pas avec moi.
De plus comme vous souhaitez avoir un passeport pour partir avec un étranger, il vous faudra aller a Cebu ou à Manille pour obtenir un certificat d'aptitude, délivré après un entretien du style psychologique. Il est préférable d'éclater de rire, c'est pire que la dictature du Myanmar, car ici on est paraît il civilisé!
Donc retour à la case 0, Marilyn fera encore des aller retour : village, Tacloban, Cebu. J'ai essayé en vain de faire comme pour le Cambodge ou le Laos, de payer une agence.
Ici la vie est calme et tranquille, trop tranquille, lever à 5h , coucher à 20h sauf pour les mordus de TV, durant la journée nombreux sont ceux qui pratiquent la sieste ou reste figés devant le récepteur de télévision..
Les repas sont à base de riz et quelquefois pour les plus pauvre de farine de mais, agrémentés d'un poisson frit par personne. J'ai joué au chef cuisinier, pour faire découvrir à la famille qu'il existait autre chose et aussi pour tromper le sentiment d'ennui qui pointé son nez de temps à autre. J'ai donc acheté au marché de Naval le nécessaire à des prix défiants toutes concurrences et me suis mis au travail (uniquement la pâtisserie n'a pas été bricolée par le Capitaine).
Menu: Beignet de crevettes.
Calamars farcies.
Pâtisserie.
Gingembre confit.
J'avais, avec l'accord amusé de Marilyn, fait une farce: nous avons préparé les assiettes à l'avance et nous les avons servies alors que tous étaient assis, surpris de ne pas voir le grand, l'énorme plat de riz habituel trôner au milieu de la table. Evidemment dans chaque assiette, très peu de riz moulé à partir d'une tasse a café, 5 beignets et 2 calamars farcies.
Le menu a été apprécié, sauf par une sœur et le beau-frère qui ont trouvé la marmite de riz et se sont précipités sur le riz blanc et à l'eau, les autres ont raclé le fond des plats, bien sur le gingembre confit que j'ai adouci d'un sirop de sucre de canne a tout de même été considèré comme très fort en bouche. J'ai expliqué, il faut bien rire un peu, que cette friandise est servi à la fin d'un repas dans de très grands hôtels et que sa principale vertu est d'aider les défaillants dans certaines circonstances intimes, mon explication n'a pas augmenté la consommation de l'aphrodisiaque.
Le lendemain j’annonce « demain soir pas de riz, seulement des pates ! ». Donc je prépare les spaghettis à la viande et je m’aperçois que le chaudron habituel de riz était déjà cuit. Je l’ai viré dans un coin de la cuisine. Marilyn m’avait dit : ok pas de riz mais on mangera du pain. J'ai acheté du pain!
A HURLER DE RIRE, Ils ont bouffé les spaghettis en "sandwich" entre 2 tranches de pain et ils me regardaient en rigolant.
Vivre dans ce village permet de se plonger dans une atmosphère et condition d'existence d'il y a au moins 80 ans en France (à part la télévision et évidemment le mobile phone!). Le manque de moyen est la principale cause de ce retard qui est caractéristique sur l'île de Leyte et particulièrement sur cette presqu'ile de Biliran. Mais les habitants me donnent l'impression d'être non seulement lymphatiques et apathiques mais surtout résignés, rien ne les émeut. Ils observent les flash publicitaires, les films style roman à l'eau de rose tournés dans de somptueuses demeures et n'ont aucune envie de réfléchir pour trouver des moyens d'améliorer les conditions de vie. J'ai installé la douche Ok c'est mieux, mais avant, le sceau et la casserole! On faisait avec!!! D'eux même ils n'auraient jamais installé cet ustensile universel. Pourtant à la ville certain ont réaliser que la vie pourrait être plus facile et agréable. Ils ont créé des commerces, entreprises et sont devenus des employeurs.
Ici ou ailleurs, aujourd’hui ce n’est pas plus difficile qu’hier, l’être humain est ce qu’il est et le restera, son évolution, positive ou négative selon les uns ou les autres continuera. Il y a toujours ceux qui exploitent et les exploités.
Il ne faut pas subir et entendre le menteur et odieux politique qui s’accroche à son élection croyant qu’elle le rendra différent, et qu’il pourra se métamorphoser en donneur de leçon. Il y en a beaucoup trop en France et ils se dévorent entre eux, des Villepin à Fabius en passant par Aliot et Sarko qui piétine et piaffe en longueur de journée, ils montrent la décrépitude de cette France en butée qui ne créait plus, qui n’a aucune prospective et qui est à la remorque de l’Europe.
Le chef d’entreprise, le décideur articule ses décisions en fonction du profit, ne considérant pas les conditions de vie, et le mot humanisme ne résonne pas toujours dans son esprit.
Ok je redescends sur Villa Cornejo.
Tenant compte des difficultés et surtout des délais d'un ou deux mois pour obtenir les précieux documents qui permettront éventuellement de faire établir un passeport, j'ai décidé de retourner sur Manille seul et après deux ou trois jours d'aller retrouver Equinoxe.
J'ai réussi à éclaircir un peu l'histoire de la potion/poison. Il y a fort longtemps, cette pratique était couramment appliquée, elle permettait de régler les différents entres individus et familles! En avant les complications digestives, intestinales et pour les plus méchants, envoyer directement l'ennemi dans quatre planches. Aujourd'hui c'est devenu, heureusement, une superstition.
Ma décision de partir ne rendait heureuse ni Marilyn ni la famille, fini les gueuletons, barbecue et autres avantages, mais elle a été annoncée à point, c'est a dire au bon moment. Ami des animaux cramponnez vous!
J'ai dormi un bon nombre de nuits dans ce village et très souvent j'étais réveillé par des concerts d'aboiements long et bruyants. Le soir sur la plage des groupes de chiens simulaient des combats et courraient de tous les cotés. Voila donc les concertistes noctambules! Etant toujours un observateur affûté lorsque je suis en voyage dans des lieux ou les traditions et coutumes permettent d'apprécier les modes de vie ... Je remarque que les concerts sont moins bruyants. En conséquence j'observe donc la plage le soir profitant de la fraîcheur, seulement deux chiens dans un triste état (la gale les rongeait inexorablement) semblaient s'ennuyer. Tiens, tiens ou est donc le reste de la tribu? Je ne cherche pas davantage la réponse que j'ai obtenue la veille de mon départ.
La famille nourrissait une chienne qui avait deux chiots, ceux-ci étaient sevrés, appliquant une certaine logique la chienne continuait de manger et ne produisait plus (comme beaucoup de monde dans ce village) donc ils ont tué la chienne pour la manger, achat de quelques kilos de porc ou poulet économisé, dans ce lieux ou reigne, le mot est justifié, une certaine misère.
Le soir a table je n'ai mangé que du poisson! Pire de tout, ces derniers avaient plusieurs jours et le lendemain : URTICAIRE!, Il était temps que je détale. Aujourd'hui ils s'imaginent peut être que j'ai fui les lieux à cause du chien.
Avant de quitter Marilyn je lui ai fait part de cette réflexion : "Il ya beaucoup d'enfants dans ton village, le jour ou il n'y aura plus de chiens ... Ceci a existé et existe peut etre encore sur d'autres îles!) Je suis odieux, avant ils dégusteront les rats si ce n'est déjà fait. Au fait je n'ai jamais vu un seul chat!

Malgré cela qui pour nous est difficilement admissible, nous faisons la différence entre les animaux de compagnies et les autres.
Je viens de prendre un bain de bonheur dans un coin perdu du monde : Villa Cornejo, et aujourd’hui de retour sur mon voilier j’ai honte d’avoir eu le sentiment de m’être un peu ennuyé. La bas les docteurs n’ont jamais soigné la moindre dépression, dans ce coin de désolation ou on marche difficilement sur la plage de galets gris, les enfants jouent avec un pneu, un morceau de bois et rient, chantent et dansent.
La nature ne les a pas favorisés, mais elle est belle et les rizières sont vertes cédant par endroit la place aux cocotiers qui poussent le plus haut possible, s’accrochant à la montagne qui au fond avec son chapeau de nuage surveille tout son petit monde.
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